Le mardi 13 octobre 2026, le mouvement World with Women! appelle les femmes qui le peuvent à suspendre pendant 24 heures leurs activités professionnelles et domestiques. La commune relaie cette information sans appeler à y participer : chacune et chacun reste libre d’y donner la suite qu’il souhaite, ou aucune.
Cette journée pose une question qui vaut aussi à Hébécourt : saurions-nous dire ce qui s’arrêterait ici ? Nous savons individuellement qui ouvre la salle communale, qui porte un repas à un voisin, qui tient le registre d’une association. Nous ne l’avons jamais regardé ensemble.
Le texte complet, qui revient sur l’origine de cette journée et propose trois gestes simples, est consultable ci-dessous. Pour en savoir plus sur l’initiative : worldwithwomen.com
Le 13 octobre 2026, ce qui s’arrêterait ici
Le mardi 13 octobre 2026, un mouvement international nommé World with Women! appelle les femmes qui le peuvent à suspendre pendant 24 heures leurs activités professionnelles et domestiques. Cet article présente l’initiative et ce qu’elle peut inspirer à l’échelle d’un village. Il ne relaie aucun mot d’ordre : chacune et chacun reste libre d’y donner la suite qu’il souhaite, ou aucune.
Le modèle est islandais. Le 24 octobre 1975, 90 % des femmes du pays cessent leur travail rémunéré et leurs tâches domestiques pour une journée, y compris dans les communes rurales. Les écoles ferment faute d’enseignantes, les journaux ne paraissent pas, les vols sont annulés, les conserveries s’arrêtent. L’année suivante, le Parlement adopte une loi sur l’égalité des droits. Ce que cette journée a produit tient moins à la protestation qu’à la démonstration : un pays a découvert en 24 heures ce qu’il devait à un travail qu’il ne comptait pas.
Ce travail non compté, la statistique publique le mesure mal. La dernière enquête Emploi du temps de l’Insee entièrement publiée a été collectée en 2009-2010 ; la nouvelle édition est en cours de collecte en 2025-2026. Elle chiffrait alors le travail domestique à 60 milliards d’heures par an en France, une masse absente du produit intérieur brut. Nous discutons donc d’égalité en 2026 avec des données de 2010, sur une activité qui ne figure dans aucun compte.
À Hébécourt, moins de 600 habitants, ce décompte est à portée de main. Ici, rien n’est anonyme. Nous savons qui ouvre la salle communale, qui prépare et porte un repas, qui tient le registre d’une association, qui accompagne un voisin chez le médecin, qui remarque qu’une lumière ne s’allume plus chez quelqu’un. Nous le savons individuellement. Nous ne l’avons jamais regardé ensemble.
Trois gestes suffisent, et aucun ne demande de s’absenter.
Le 13 octobre, dans un foyer, un homme peut reprendre entièrement une tâche qu’il ne fait jamais — pas aider, reprendre : y penser, la faire, la ranger. La charge tient souvent moins au geste qu’au fait d’y penser à la place de quelqu’un d’autre.
Dans une association, il suffit de regarder une fois la liste des bénévoles et celle du bureau, et de voir si les deux se ressemblent. Ce constat n’accuse personne et se fait en cinq minutes.
À l’échelle de la commune, enfin, il serait possible d’établir l’inventaire des fonctions tenues bénévolement et de savoir qui les assure, sans nommer personne, en données agrégées. Ce document n’existe aujourd’hui nulle part. Il servirait bien au-delà du 13 octobre : une commune qui ignore de qui elle dépend ne sait pas ce qu’elle risque le jour où cette personne s’arrête. Si l’idée intéresse des habitants, la mairie peut l’examiner.
Le mouvement propose une journée. Une commune peut en retirer autre chose : un chiffre qu’elle n’avait pas.
Pour en savoir plus sur l’initiative : worldwithwomen.com
Nicolas Schneider, conseiller municipal